« L’environnement : une priorité pour la survie de la nation »,
tel a été le thème débattu, jeudi soir, dans le cadre du dernier « Forum libre
du jeudi », à l’hôtel Le Plaza. Le rôle accru que l’État est appelé à jouer pour
rationaliser ses actions et permettre à la société civile de s’impliquer
davantage a été abordé. Trois spécialistes de la question environnementale
étaient autour de la table : l’agronome Jean André Victor, l’ingénieur Claude
Prepety et Yves André Wainright, ancien ministre de l’Environnement.
Arnold Antonin, secrétaire général du Forum, a insisté sur l’imminence
du danger qui guette le pays en matière environnementale. « Cette question doit
être incluse comme une priorité pour le gouvernement. C’est un sujet d’intérêt
national », a-t-il martelé, estimant qu’il faut mobiliser la société civile pour
qu’elle ne reste pas passive devant la tragédie environnementale nationale. Pour
Antonin, le gouvernement doit avoir une stratégie de lutte globale contre la
dégradation de l’environnement. « On ne peut résoudre le problème si la
condition des plus pauvres se dégrade de jour en jour. Il faut aborder le
problème en amont », a-t-il expliqué.
Jean André Victor, juriste, agronome et
consultant pour les problèmes écologiques, a axé son intervention sur la
nécessité d’un partenariat entre les secteurs public et privé dans la protection
de l’environnement. Se prononçant pour une action commune d’envergure, il a
plaidé pour « une stratégie concertée entre les deux parties dans leurs
interventions : les pouvoirs publics interviennent de haut en bas alors que la
société civile intervient de bas en haut ».
« Il faut, a-t-il poursuivi, que
la société civile occupe un espace de pouvoir afin que ce ne soit pas seulement
au niveau des mots et des bonnes intentions », avant de déplorer qu’ « il y a,
dans les textes, un espace pour cette dernière (société civile), mais les
pouvoirs publics ne font rien pour lui permettre d’occuper cette place
».
Jean André Victor a attiré l’attention sur le fait que toutes les actions
destinées à porter une réponse concrète aux problèmes environnementaux auront
des coûts, et, ceci, à tous les niveaux sociaux, économiques, psychologiques,
entre autres.
Claude Prepety, ingénieur géologue et consultant au Bureau des
mines et de l’Énergie, a estimé que l’une des catastrophes à laquelle le pays
pourra faire face dans un avenir proche est un tremblement de terre de grande
ampleur. Il a regretté que les Haïtiens n’accordent pas la priorité aux risques
sismiques. « Les gens ont tendance à oublier qu’Haïti est placée sur une faille
sismique. Par le passé, des secousses sismiques de forte magnitude ont détruit
les villes du Cap-Haïtien et de Port-au-Prince », a-t-il rappelé, ajoutant que,
sur ce point, il faut éveiller les consciences. Selon le géologue, ces
phénomènes, de par le monde, ont vu leur impact réduit. Trois raisons peuvent
expliquer cette tendance : ces phénomènes ne sont plus considérés comme des
fatalités ; il y a un besoin de sécurité dans toutes les sociétés ; et les
risques qui vont croissant avec l’augmentation de la population mondiale sont
pris en considération.
« La menace est réelle et la question qu’il faut se
poser est quand elle va se produire », a-t-il lâché, commentant des statistiques
faisant état de 39 bidonvilles au sein des cinq communes de l’Ouest et qui
regroupent une population de plus d’un million et demi de personnes. Selon M.
Prepety, il faut éduquer la population afin qu’elle sache comment se protéger.
Deux aspects sont à privilégier : la gestion des risques et celle des désastres.
« Les responsables doivent prendre des mesures adéquates afin de protéger la
population et renforcer les habitations. Car ce sont les habitats qui tuent et
blessent les gens », a-t-il déclaré, soulignant qu’il faut orienter les efforts
vers les personnes qui sont les plus exposées aux risques.
Yves André
Wainright a, pour sa part, pointé du doigt l’Administration publique haïtienne
qui est l’une des causes de l’état de l’environnement du pays. « La gestion de
l’environnement doit être la responsabilité de toutes les entités étatiques et
celle des collectivités municipales », a-t-il déclaré. « Dans toutes les
activités de développement, il faut tenir compte de l’environnement », a-t-il
enjoint par ailleurs. Yves André Wainright a déploré par ailleurs « le secret »
qui entoure certains microprojets qui ne sont connus « que par l’exécutant sur
le terrain et le bailleur qui est à l’étranger ». Il a souligné que la
prévention est primordiale dans la protection de l’environnement. «L’État ne
gère pas les permis de construire et c’est un manquement grave à ce niveau qui
contribue à la détérioration de notre habitat », a-t-il constaté, soutenant que
l’éducation doit être un axe clé dans les politiques publiques et qu’il faut
pour cela des ressources humaines qualifiées.